


Exemples d’unité sur les valeurs de la République
Catholiques et protestants, républicains et royalistes se sont combattus à Mouilleron, en Vendée. Clemenceau aux ancêtres protestants et républicains, et de Lattre aux ancêtres catholiques et royalistes, sont issus chacun d’un camp opposé !
Le grand-père de Clemenceau, François Gautreau est protestant et républicain, et l’arrière-grand-père de de Lattre, Alexis Mosnay est catholique et royaliste. Par ironie du sort, la maison Gautreau est située rue de la Chapelle à Mouilleron, et celle des de Lattre, rue du Temple.
En 1832, par réaction contre les légitimistes (souhaitant le retour des Bourbons au pouvoir), le gouvernement de Louis-Philippe nomme François Gautreau maire pour remplacer Alexis Mosnay. C’est le branle-bas de combat au village… L’évêque et le préfet interviennent pour calmer les esprits des « bleus » et des « blancs » mouilleronnais.
Clemenceau, à la suite de son voyage en 1906 en tant que ministre de l’Intérieur à la Roche sur Yon se rend à Mouilleron. En pleine séparation de l’église et de l’Etat, Clemenceau reçoit un accueil glacial, avec portes closes et volets fermés. Le maire de l’époque, Jules Hénault, grand-père du maréchal lui refusera même l’accès à la mairie.
Le 5 avril 1918, le maire légitimiste, Roger de Lattre, écrit à Clemenceau, radical progressiste, pour le « revendiquer hautement comme l’un des leurs ».
Le 14 avril 1918, la réponse est là : « C’est un encouragement, mes amis, un vrai, un chaud, qui me revient des rochers de mon enfance… La belle victoire qui va venir, nous l’aurons faite ensemble… »
Le 9 octobre 1921, Clemenceau accepte de présider l’inauguration du monument aux morts. Le jeune capitaine de Lattre, cinq fois blessé, huit fois cité, participe à la cérémonie à la demande de ce dernier, qui reprend le message d’unité : « Il n’y a rien de supérieur au sentiment de fraternité nationale »
Réconciliation mouilleronnaise, réunion de la Vendée bleue et de la Vendée blanche , appel à l’unité nationale: « C’est un magnifique moment d’union que nous passons et nous avons raison de ne pas nous diviser. Nous avons des motifs supérieurs de nous aimer et de nous unir. » dira Clemenceau.
« Je veux que ma dernière pensée soit un témoignage d’amour pour cette vieille cité où le hasard des choses me fit naître, mais le plus bel hommage rendu aux morts au cours de cette manifestation c’est vous, braves femmes, qui le lui avez apporté avec vos larmes. » Clemenceau.
La première rencontre a lieu en 1921 à l’initiative du père du maréchal pour l’inauguration du monument aux morts, avec un geste très fort de réconciliation entre les deux familles, puisque Clemenceau est alors invité chez les de Lattre pour la première fois. La mère du maréchal grave même ce moment historique sur le fauteuil sur laquelle le Tigre s’est assis, qu’on peut voir encore aujourd’hui dans le salon.
En 1926, Jean de Lattre présente sa fiancée, Simonne Calary de Lamazière à Georges Clemenceau chez lui à Paris en 1926. Clemenceau lui suggère d’ « acheter un de ces moulins, ils vont tous disparaître, et ce serait dommage ». De Lattre acquiert deux moulins sur la colline de Mouilleron. L’un d’eux est transformé en chapelle St Jean-St Bernard.
Invité au mariage de Jean et Simonne de Lattre, Clemenceau ne pourra s’y rendre mais offrira un très beau cristal de Lalique en leur souhaitant ses meilleurs voeux de bonheur.
Avertis par la famille, Jean et Simonne de Lattre se rendent au domicile de Clemenceau pour s’incliner devant son cercueil. Le 25 novembre 1929, ils assistent aux obsèques civiles du Tigre à Mouchamps avec une vingtaine d’invités mis dans le secret.